Handicap et vie psychique
Phonothèque du LIR3S - UMR 7366 CNRS-uB

Handicap et vie psychique

Colloque organisé à Dijon (Université de Bourgogne) du 26/03/2009 au 28/03/2009
Organisateur(s) : Ancet Pierre
Centre(s) organisateur(s) : Centre Georges Chevrier-UMR CNRS uB 7366

Référence électronique : Ancet Pierre (organisateurs), 2009, Handicap et vie psychique [en ligne], colloque, Dijon, Université de Bourgogne, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/m-66, page consultée le 03/12/2021



Présentation de la manifestation

L’objet de ce colloque de bioéthique est de susciter la réflexion sur les conséquences psychiques du handicap physique, du handicap mental ou du polyhandicap en insistant sur la perception que ces personnes possèdent de leur propre corps. Pour ce faire, nous nous appuierons sur l’expérience du corps vécu ou corps subjectif au sens que Maurice Merleau-Ponty donne à ce terme dans la Phénoménologie de la perception : un corps subjectif, ressenti plus que représenté, expérimenté plus que connu, intériorisé plus qu’extériorisé comme objet possible.

Dans cette perception du corps, la douleur tient une place toute particulière : elle enferme le sujet dans une forme de dépendance face à un corps vécu comme obstacle, réduisant le champ des possibles. Elle est la marque de l’impuissance du sujet (Lévinas, Le Temps et l’autre). Par quoi toute douleur humaine se double de souffrance psychique.

Les exemples principaux retenus pour cette analyse seront l’expérience du corps chez la personne handicapée physique, handicapée mentale et la personne polyhandicapée, et ceci pour plusieurs raisons.

La première est éthique : elle permet de prendre conscience du décalage qui peut exister entre nos représentations, souvent éminemment projectives, et l’expérience de l’autre telle qu’il la décrit du dedans. On y retrouve l’écart entre l’apparence extérieure construite par les stéréotypes sociaux et le vécu individuel dans sa singularité. Or la démarche éthique est souvent présentée comme une tentative pour aller de la généralité des principes vers la particularité voire la singularité d’une expérience, afin de remonter ensuite vers une discussion collective des principes. Le cheminement éthique ne peut en ce sens faire l’économie de l’expérience individuelle, et nous insistons pour que des intervenants en situation de handicap puissent s’exprimer dans ce contexte. Les enjeux éthiques sont d’autant plus importants que se pose aujourd’hui la question cruciale du néo-eugénisme contemporain par le dépistage anténatal du handicap.

La seconde raison est spéculative : la découverte de l’expérience d’autrui ne peut que nous conduire à repenser notre propre rapport au corps et à nos propres déficiences. De la même manière que l’anthropologie a pu par le passé permettre de mieux saisir ce qu’était notre propre culture, de même nous avons la possibilité d’interroger au sein de notre propre société des personnes dont l’expérience du corps n’est pas comparable à celle que nous connaissons quotidiennement. Quelles en sont les conséquences psychologiques ? Cette question n’a de sens que dans la mesure où l’on distingue le champ de l’expérience du corps subjectif et celui de ses conséquences psychologiques. Or le corps tel que nous l’entendons est un corps subjectif, partie intégrante du psychisme. La personne handicapée a grandi avec lui et l’a intériorisé comme tel. L’expérience du corps et l’expérience de soi sont par là même intimement liées. Plus généralement, rien ne nous garantit que nous ayons tous les mêmes expériences intérieures uniquement parce que nous disposons de la même culture et des mêmes termes pour désigner ce que nous ressentons. La maladie mentale et la maladie physique peuvent conduire à des expériences si étranges et singulières du corps vécu qu’elles en deviennent difficilement communicables. Mais rien ne nous indique à l’inverse que les expériences du corps soient si radicalement distinctes qu’elles ne puissent faire l’objet d’une rencontre.

Les études récentes montrent qu’il n’est pas possible de lier directement l’importance du handicap avec la diminution de la qualité de vie ressentie par l’individu. Le lien existe, mais il est la plupart du temps indirect, les personnes les moins touchées par le handicap s’estimant généralement plus affectées par celui-ci du fait de leur position de liminalité, à la limite entre la « normalité » et l’« anormalité ». L’évaluation de la qualité de vie nous confronte donc à des effets projectifs de la part des personnes dites valides. Cet argument de la qualité de la vie revient pourtant constamment dans les décisions d’interruption médicale de grossesse. Une étude précise de cette notion doit donc être menée, ainsi que des concepts qui lui sont généralement associés (liberté, reconnaissance, autonomie, mais aussi bien-être, douleur et souffrance).

Comment définir cette notion de qualité de vie au plus près d’une expérience vécue tout en préservant sa valeur intersubjective voire sa valeur de mesure statistiquement exploitable ? Ce sera l’un des enjeux de cette rencontre mêlant psychologues cliniciens et philosophes.

Communications

hypertext link symbol Handicap et vie psychique - Présentation [durée : 6 min.], Ancet Pierre

hypertext link symbol Le corps comme exception : sur quelques représentations littéraires du handicap [durée : 25 min.], Fulka Josef

hypertext link symbol Phénoménologie de la psychose et « existence à l’impossible » selon Henri Maldiney [durée : 33 min.], Rodrigo Pierre

hypertext link symbol Approche phénoménologique du handicap à partir de la notion de « corps vécu » [durée : 31 min.], Lapierre Christopher

hypertext link symbol Handicap et vie psychique - Discussion [durée : 55 min.], Collectif

Enregistrement non public.

hypertext link symbol Les mesures de qualité de vie [durée : 36 min.], Leplege Alain

hypertext link symbol Handicap et variation de l’être-au-monde ; la notion d’affordance [durée : 30 min.], Chabert Anne-Lyse

hypertext link symbol Le vécu du handicap. Une expérience personnelle [durée : 14 min.], Agnes Alexandre

hypertext link symbol Entrave corporelle précoce et vie psychique [durée : 29 min.], Benony-Viodé Christelle

hypertext link symbol La douleur physique, un handicap psychique ? [durée : 31 min.], Bioy Antoine

hypertext link symbol Handicap et vie psychique - Sans titre [durée : 35 min.], Aubert Anne

Enregistrement non public.

hypertext link symbol Participation des sujets en situation de handicap aux recherches médicales : réflexions éthiques sur l’information et les demandes de consentement pour une clinique respectueuse du sujet au-delà de son handicap [durée : 28 min.], Romano Hélène

hypertext link symbol La vie psychique de la personne atteinte d’un handicap : un étrange déni [durée : 34 min.], Korff-Sausse Simone

hypertext link symbol Le Visible du corps et le mystère de la psyché dans les représentations infantiles [durée : 38 min.], Scelles Régine

hypertext link symbol Vicissitudes d’installation de l’éprouvé entitaire et de l’expérience du Moi (approche comparative entre polyhandicap, autisme et psychose chez l’enfant) [durée : 36 min.], Saulus Georges

hypertext link symbol Temporalité et sentiment d’identité personnelle en situation de handicap moteur [durée : 34 min.], Vinay Aubeline

hypertext link symbol Autonomie, vie psychique et reconnaissance [durée : 31 min.], Ancet Pierre

hypertext link symbol Atteintes corporelles et identités : la part du mouvement [durée : 42 min.], Marcellini Anne

hypertext link symbol Le corps comme pesanteur [durée : 34 min.], Constantinides Yannis




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