Les fêtes publiques au-delà des fêtes de souveraineté et des fêtes d’opposition : XIXe siècle
Projet hypertext link symbol Les fêtes publiques au-delà des fêtes de souveraineté et des fêtes d’opposition
Séminaire organisé à Dijon (Université de Bourgogne) le 03/12/2008
Organisateur(s) : Caritey Benoît
Centre(s) organisateur(s) : Centre Georges Chevrier-UMR CNRS uB 7366

Référence électronique : Caritey Benoît (organisateurs), 2008, Les fêtes publiques au-delà des fêtes de souveraineté et des fêtes d’opposition : XIXe siècle [en ligne], séminaire, Dijon, Université de Bourgogne, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/m-63, page consultée le 05/12/2021



Présentation de la manifestation

Les fêtes publiques ont suscité une profusion d’études historiques, anthropologiques et sociologiques, dont l’abondance et la diversité défient toute tentative d’inventaire. Ces études montrent que la fête n’est pas un simple divertissement, une parenthèse dans un quotidien dont elle rompt la monotonie. Toutes s’accordent à lui reconnaître des fonctions sociales précises : entretenir et renforcer la cohésion d’un groupe ; conforter, y compris sous l’apparence de la transgression, ses hiérarchies et ses valeurs. Elles soulignent le rôle central joué par l’émotion : une fête réussie (quels que soient les buts que poursuivent ses ordonnateurs ou ses organisateurs) agit en effet sur les sens (la vue [1] ; l’ouïe [2] ; le goût [3] ; l’odorat [4] ; le toucher [5]) ; elle agit également sur les consciences par imprégnation et contagion.

Si le caractère politique des fêtes de souveraineté (fêtes religieuses, entrées royales, mariages princiers, couronnements, anniversaires et bouts de l’an, fêtes impériales et fêtes républicaines, etc.) et des fêtes d’opposition (organisées dans les périodes révolutionnaires ou émanant d’organisations qui se définissent et se structurent par leur opposition au pouvoir et à la culture supposée dominante) semble solidement établi, la question est loin d’être tranchée pour les fêtes qui ne sont pas strictement réductibles à ces deux grandes catégories : fêtes dites « traditionnelles » ou « folkloriques » ; fêtes communautaires, fêtes corporatives, fêtes religieuses, fêtes sportives, manifestations culturelles, etc. Les ordonnateurs ou organisateurs de ces fêtes ne sont en effet pas détenteurs ou représentants du pouvoir, ni des acteurs appartenant à des mouvements d’opposition. Les usages n’en sont pas explicitement politiques. Il n’en est pas moins intéressant que soient interrogés leurs rapports avec le champ politique.

L’ambition de cet atelier étant de saisir le processus de production sociale du politique en tant que pratique et/ou théorie de cet usage, et la part prise par différentes catégories d’acteurs dans ce processus, les fêtes publiques jouent ici le rôle de révélateur : il s’agit moins d’établir quelles sont les relations entre fête et politique que de saisir tout ce que les fêtes peuvent nous apprendre du politique dans les sociétés et les époques où elles se déroulent. Une telle analyse suppose que soient explorées différentes dimensions :

Les rituels et symboles mobilisés : les fêtes ont leur propre « grammaire symbolique » (Le Roy Ladurie), une « grammaire rituelle commune » (Ihl) qui en structure le déroulement. Défilés, processions et parades ; cérémonies (religieuses et/ou profanes) ; jeux, concours et démonstrations ; dons volontaires (évergétisme, potlatch, amnisties, distributions de nourriture et de boissons, allocations en espèce ou en nature, etc.) ou forcés ; banquet, chant, musique, spectacle, danses et farandoles. D’une fête à l’autre, ces différents éléments n’ont pas la même place ni la même importance. Ils en constituent ici un temps fort et sont là réduits à servir d’intermède.

La part des solennités et des réjouissances : les fêtes se décomposent généralement en deux séquences. L’une est sérieuse, empreinte de solennité ; l’autre vouée aux jeux, aux réjouissances et aux plaisirs. Cette seconde séquence, centrale dans les fêtes qualifiées de « traditionnelles », constitue un prolongement de la fête de souveraineté. Mais elle peut être rejetée aux marges de la fête, n’avoir aucune place dans le programme officiel, et alors être soit tolérée, soit condamnée par les organisateurs et les pouvoirs publics.

La répartition sociale des attributions : quels sont les groupes sociaux concernés et quel rôle jouent-ils ? Les variations et les transformations de cette dimension ont des conséquences importantes sur la signification donnée à la fête, même lorsque le scénario n’en change pas.

Les lieux de la fête : lieux ouverts (sans sélection des participants ni droit d’entrée) ou lieux clos (permettant d’opérer un tri), lieux principaux et lieux secondaires, lieux officiels et lieux officieux, illégitimes, voire clandestins. Certains de ces lieux sont hautement symboliques, alors que d’autres ne sont choisis que par commoditéÉ Cet inventaire n’est pas limitatif ; son intérêt est essentiellement de montrer que chaque fête construit dans le croisement de ces différentes dimensions une physionomie singulière, une configuration qui, dans la mesure où elle donne à voir le groupe, la communauté ou la société à ceux qui en font partie – comme à ceux qui en sont exclus –, met des visions du monde en scène – y compris dans des rituels d’inversion – et des idéologies en pratique, ou contribue à légitimer des modes de domination, constitue un miroir du politique.

Une première journée, organisée le 28 novembre 2007, s’était focalisée sur le XXe siècle : fêtes traditionnelles (fêtes vineuses en Bourgogne dans l’entre-deux-guerres analysées par Olivier Jacquet et fête de la moisson de septembre 1943 étudiée par Jean Vigreux) et manifestations sportives nationales et internationales (méthodes, perspectives et limites d’une analyse comparative de la présence du politique dans les manifestations sportives, par André Gounot et Denis Jallat). Cette deuxième journée concentrera son attention sur des fêtes du XIXe siècle entre traditions et modernité.

[1] Faste des décorations des rues et des maisons, couleurs vives des costumes et des emblèmes, scintillement des ornements dans les cortèges, revues militaires, ou processions religieuses, lumières, évolutions collectives (carrousels et quadrilles, défilés et manœuvres, ballets, représentations théâtrales), jeux, combats, joutes (équestres et nautiques), jeux d’eau, feux de joie et d’artifices, lâchers de ballons ou d’oiseauxÉ

[2] Carillon des cloches, canonnades, mousqueteries, pétarades, roulements de tambour, musique et chants, acclamations, applaudissements et cris divers, plus ou moins spontanés (surprise, joie, colère, peur, déception)É

[3] Ripailles et libations, banquets et distributions de vivres, nourritures et boissons achetées dans les débits de boissons et auprès des marchands de nourritures qui cernent le lieu de la fêteÉ

[4] La fête est aussi un concert d’odeurs (frites, saucisses, marrons chauds, crêpes et gaufres, barbe à papa, vin chaud, poudre, etc.).

[5] Sollicité dans le contact physique des corps (le bain de foule), dans la possibilité de toucher les personnalités (hommes d’État, champions ou célébrités) ou les objets (reliques, ballon).

Communications

hypertext link symbol Les fêtes publiques au-delà des fêtes de souveraineté et des fêtes d’opposition : XIXe siècle - Introduction [durée : 14 min.], Caritey Benoît

hypertext link symbol La fête et les régimes de l’historicité : regards français sur les principautés roumaines (XVIIIe-XIXe siècles) [durée : 29 min.], Leanca Gabriel

hypertext link symbol Les fêtes nationales en France, rituels civiques, sociabilité festive et contestation, 1789-1889 [durée : 41 min.], Dalisson Rémi

hypertext link symbol Les deux visages des fêtes fédérales de gymnastique en France (1875-1914) [durée : 37 min.], Caritey Benoît




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