La lutte contre la violence aristocratique dans l’affirmation d’un État territorial génois en Corse (fin XVe-début XVIe siècles)
Colloque hypertext link symbol Sentences et décisions judiciaires, du Moyen Âge à l’époque contemporaine
Auteur(s) : Marchi Van Cauwelaert Vannina
Durée : 15 minutes

Référence électronique : Marchi Van Cauwelaert Vannina, « La lutte contre la violence aristocratique dans l’affirmation d’un État territorial génois en Corse (fin XVe-début XVIe siècles) » [en ligne], 2011, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/c-605, page consultée le 03/12/2021



Résumé de la communication

En 1490, après deux siècles de lutte acharnée, l’Office de Saint-Georges, qui administre la Corse au nom de la commune de Gênes, triomphe définitivement de l’opposition seigneuriale locale. Les Protecteurs de Saint-Georges se lancent alors dans une politique de réorganisation territoriale, administrative et judiciaire qui aboutit à l’affirmation d’une autorité publique génoise dans l’île. La réorganisation judiciaire, en conférant aux juges génois un monopole en matière pénale, et en faisant du tribunal de Bastia la cour suprême de l’île, a été au cœur de cette construction étatique. La Corse génoise s’inscrit ainsi dans le contexte de l’État territorial italien tel qu’il a été défini par l’historiographie récente. En effet, en s’imposant comme arbitres dans le moindre conflit local, les Génois sont parvenus à affirmer leur autorité sur l’ensemble du territoire insulaire, y compris dans l’enclave seigneuriale – théoriquement indépendante – du sud de l’île. L’étude des sentences criminelles, conservées à l’Archivio di Stato di Genova, dans les fonds des Primi Cancellieri, des Cancellieri, et des Miscellanee dei Primi Cancellieri di San Giorgio, témoigne que les Génois ont tenté de pacifier l’île en multipliant les peines de bannissements. Née dans l’Italie communale, la peine de bannissement visait en premier lieu à diminuer la violence des factions, en condamnant systématiquement à l’exil les coupables d’homicides, afin d’éviter l’enclenchement de processus de vendette. Mais cette procédure permettait également d’éloigner les opposants politiques, et surtout de s’emparer de leurs biens. Il s’agissait donc, du moins en théorie, d’une sentence définitive. En Corse, la documentation suggère que les bannissements ont rarement été définitifs, et que les autorités génoises ne se sont pas appuyées sur cette procédure pour s’emparer des biens des exilés. Proclamée dans un but essentiellement pacificateur, la sentence de bannissement pourrait dès lors s’être également fondée sur une pratique insulaire de résolution des conflits, qui consistait à éloigner temporairement le coupable d’un homicide, afin d’obtenir un accord de paix entre les familles. C’est ce que suggère l’examen des grâces qui révèle que la proclamation préalable d’un accord de paix entre les familles, était déterminante dans l’obtention du pardon. Toutefois, malgré ces mesures pacificatrices, la documentation génoise atteste que, bien que le discours officiel exalte « la pace e la felicità dello Stato », la violence n’a pas diminué, mais s’est au contraire accrue dans les premières années du gouvernement de San Giorgio en Corse. Dès lors, il convient de se demander si le maintien de la violence et des factions n’a pas été, pour les seigneurs corses, une forme de résistance « idiomatique » à la domination génoise, et une ultime tentative pour se maintenir au pouvoir, en dépit de l’affaiblissement politique considérable que représentaient la perte de leurs compétences pénales, la diminution de leurs revenus fiscaux et la destruction de leurs châteaux.

La lutte contre la violence aristocratique dans l’affirmation d’un État territorial génois en Corse (fin XVe-début XVIe siècles) [durée : 15 min.], Marchi Van Cauwelaert Vannina





Contact : lir3s[dot]logistique[at]u-bourgogne[dot]fr
Hébergement : LIR3S-UMR 7366 CNRS uB
URL : https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque
Licence Creative Commons