Jazz ou musique de bastringue ? Expertise puriste et radiomorphose du jazz (1932-1949)
Journée d’études doctorale hypertext link symbol Dispositifs et modalités de l’expertise
Auteur(s) : Le Texier Lucas
Durée : 49 minutes

Référence électronique : Le Texier Lucas, « Jazz ou musique de bastringue ? Expertise puriste et radiomorphose du jazz (1932-1949)  » [en ligne], 2019, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/c-1429, page consultée le 29/11/2021



Résumé de la communication

Bien que la France ne fût pas le pays où l’histoire du jazz se fit, elle fût certainement l’endroit qui l’écrivit en premier (Goddard 1979, 139). Mais au lendemain de la Grande Guerre, le mot renvoie non pas à un style aux contours esthétiques bien définis, mais davantage à une réalité polymorphe, composée d’« un mélange de variété américaine, de “musique traditionnelle”, de ragtime instrumental, de jazz symphonique, de musique de danse [et] de gags vocaux, et de ce que les musiciens français des années 30 appelleront du jazz “pur nègre” » (Gumplowicz, 1995, 169), une métaphore de la modernité musicale aux accents syncopés dans l’entre-deux-guerres (Ory, 1985, p. 99).

Le Hot Club de France (HCF), une association d’amateurs-puristes, se constitue en 1932 avec pour but de défendre leur conception de cette musique : grâce au développement d’un dispositif complet et complexe, ils disqualifient une partie du réservoir musical qui constituait le jazz à l’époque pour ne valoriser que celui considéré comme « authentique », tentant de contrôler l’étiquette « jazz » et ses appositions. L’expertise de ces amateurs-puristes, relativement stabilisée à la fin des années trente, se retrouve contestée par l’émergence du dispositif radiophonique d’État à la Libération. Alors que les puristes cherchaient à l’identifier comme un art, la radio d’État redonne au jazz des évocations éclectiques. L’instabilité des acteurs et des programmes – auxquels le HCF participe –, la création de nouvelles émissions, l’incorporation de néo-producteurs, l’insertion du jazz dans des playlists musicales variées ou dans des spectacles de music-halls et télé-crochets radiophoniques font coexister de multiples représentations du jazz qui remettent en cause l’expertise du HCF.

La comparaison entre le dispositif du HCF et le dispositif radiophonique « ordinaire » (Pedler et Cheyronnaud, 2013, 24), et les tensions nées entre l’appréciation puriste du jazz et sa radiomorphose, permettront de mettre en relief, par la coexistence de plusieurs régimes théoriques, la polymorphie de la musique de jazz et la (dé)construction de l’expertise du HCF des années trente jusqu’à la fin des années quarante.

Références bibliographiques

  • Chris Goddard, Jazz away from home, New-York, Paddington Press, 1979.
  • Philippe Gumplowicz, « Au Hot Club de France, on ne faisait pas danser les filles », dans Philippe Gumplowicz et Jean-Claude Klein [dir.], Paris, 1944-1954 : artistes, intellectuels, publics, la culture comme enjeu , édition Autrement, 1995, p. 167-182.
  • Pascal Ory, « 3. Notes sur l’acclimatation du jazz en France », Vibrations, revue d’études des musiques populaires, n° 1, avril 1985, p. 93-102.
  • Emmanuel Pedler et Jacques Cheyronnaud, « Penser les théories ordinaires », dans Emmanuel Pedler et Jacques Cheyronnaud [dir.], Théories ordinaires, Paris, EHESS, coll. « Enquête », 2013, p. 13-24.

Jazz ou musique de bastringue ? Expertise puriste et radiomorphose du jazz (1932-1949) [durée : 49 min.], Le Texier Lucas





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