Crise et conscience de crise dans une ville moyenne en Bourgogne. Autun dans la seconde moitié du XXe siècle
Journée d’études doctorale hypertext link symbol Crises, précarité/fragilité
Auteur(s) : Castellesi Romain
Durée : 31 minutes

Référence électronique : Castellesi Romain, « Crise et conscience de crise dans une ville moyenne en Bourgogne. Autun dans la seconde moitié du XXe siècle » [en ligne], 2018, disponible sur https://lir3s.u-bourgogne.fr/phonotheque/c-1296, page consultée le 29/11/2021



Résumé de la communication

L’expression de « conscience de crise », théorisée pour la première fois en 2004, est depuis fréquemment reprise dans les études de sciences sociales. Son premier intérêt est de dissocier la notion de « crise » du champ économique, en rappelant qu’elle est avant tout une construction sociale, qui se décline de l’échelle mondiale jusqu’à l’individu.

Concept massivement utilisé par les médias, la réflexion autour de la « crise » des territoires, des activités, des représentations est en revanche récemment questionnée dans les sciences sociales. En histoire sociale, la crise recouvre autant la fragilisation d’une activité économique dominante que la déstabilisation des pratiques, des sociabilités, des discours qui dérivaient de cette activité.

C’est pourquoi la monographie est, en l’état actuel de la recherche, privilégiée afin de mettre à l’épreuve la « crise » dans une démarche empirique et inductive. Dans le cadre de la réalisation d’une thèse de doctorat en histoire contemporaine, la ville d’Autun a retenu notre attention. Comme ville moyenne et industrielle, elle est un miroir fidèle de la France du second vingtième siècle. À l’instar de nombreux bassins mono-industriels, elle est touchée de plein fouet par la récession économique des années 1970-1980. La disparition précoce de l’activité minière, dès les années 1950, en fait même un laboratoire de la crise, obligeant les autorités publiques locales et nationales à répondre à un phénomène jusque-là ignoré ou refoulé.

La structuration sociale, économique et même architecturale de la ville autour de son industrie est bouleversée lorsque les usines délocalisent, ferment, ou réduisent leurs effectifs. La présence d’industries considérées comme des « fleurons » nationaux à l’image des mines de schistes bitumineux jusqu’en 1957, et surtout l’entreprise DIM employant plus de 1 000 personnes jusque dans les années 1990, rend d’autant plus impensable la crise aux yeux des habitant(e)s. Dans la confection textile, environ 70 % de la main d’œuvre est féminine, ce qui conduit à des mobilisations sociales où se conjuguent subversion des normes de genre (les femmes participent aux occupations, séquestrations, piquets de grève) et refus de l’invisibilisation des femmes au travail. La réponse des populations de ces bassins sera donc au cœur de notre étude sur le phénomène de crise.

La crise est tantôt un facteur de recomposition (les rivalités syndicales sont questionnées devant la disparition imminente de l’activité, de même que les clivages politiques locaux), tantôt de décomposition (précarisation de la main-d’œuvre, déclin démographique, mise à mal du « souci de respectabilité » ouvrier).

Trop souvent considérées comme des territoires marginalisés, les populations des bassins en « crise » sont fréquemment représentées comme les « perdants » de la mondialisation, dont l’instinct de colère les conduit au vote Front National. Notre contribution, avec les méthodes de l’histoire, placera les concepts de « crise, fragilités/précarité » à l’épreuve du temps long, afin d’essayer d’en dégager des ruptures et des continuités, en écartant toute nostalgie ou sentiment de déclinisme.

Crise et conscience de crise dans une ville moyenne en Bourgogne. Autun dans la seconde moitié du XXe siècle [durée : 31 min.], Castellesi Romain





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